N°2020-06

 POST-QUARANTINE EDITION 

 INTERVIEW

SEIZE Happywallmaker 2018 - Kazar le Souvenir Stellaire 100 x 200 cm (39 x 79 in) Acrylic on canvas

SEIZE

HAPPYWALLMAKER

Cette semaine, l’artiste abstrait Seize Happywallmaker nous fait l’honneur de répondre à nos questions sur les secrets de son univers. Qui est-il ? Quelles sont ses inspirations ? Son message ? Découvrons-le...

Parlez-nous un peu de votre parcours :

Je suis un autodidacte. En tant qu’enfant unique, le dessin et la peinture étaient un moyen d’expression que j’ai développé afin de m’occuper l’esprit. Ma mère m’avait inscrit, très jeune, dans un club de bandes dessinées. Puis, dans les années 1980, il y a eu l’avènement du graffiti en Europe qui m’a très fort marqué. Ma passion est partie de là. Cependant, je n’ai pas tout de suite compris que j’étais un « artiste », j’ai eu le déclic après avoir été chauffeur de bus à Paris pendant 10 ans. Cela m’a permis de me rendre compte que je n’étais pas à ma place. Je me suis donc lancé dans une production artistique sur tableaux et puis sur les murs.

Quelles sont vos inspirations et références ?

Mes artistes de références sont sans aucun doute Victor Vasarely et Keith Haring. Ma mère m’achetait des fascicules artistiques de ces artistes, que je dévorais ! 

Parmi ceux qui ont marqué ma mémoire artistique, on retrouve aussi Vassily Kandinsky et Paul Klee. Par la suite, mes influences se sont davantage penchées vers la culture du graffiti new-yorkais, pour atteindre un mélange de ces inspirations qui m’est propre et qui m’a permis de créer un univers très personnel compte tenu de mon passé. D’ailleurs, lorsque je travaillais à la régie des transports parisiens (RATP), j’étais très inspiré par les plans de métro que je reproduisais sur mes croquis. J’ajouterai que, plus jeune, j’ai été apprenti peintre en lettres pendant 6 mois, et c’est cette expérience qui m’a appris la technique du pinceau que j’utilise toujours. La culture précolombienne m’inspire énormément aussi. Ainsi que ma ville natale : Sarcelles, que l’on appelle le petit New York, car c’est une ville très dense et hétéroclite. En conclusion, ce sont des petites expériences qui, accumulées les unes aux autres, ont façonné l’artiste que je suis aujourd’hui. 

Comment définiriez-vous votre style ?

Mon style se définit comme étant de l’abstraction géométrique colorée qui appartiendrait à la famille du post-graffiti. C’est un mouvement dans lequel se retrouvent plusieurs personnes qui faisaient du graffiti et qui ont développé leur propre voie tout en conservant cette influence. Il y a ce passage du mur à la toile, à la sculpture, au numérique, ou autre, mais toujours avec cette même base commune qu’est d’avoir fait du graffiti. Cela n’empêche pas de continuer de travailler à l’extérieur. Il y en a qui arrête, d’autres qui continuent. D’une façon générale : le graffiti est un état d’esprit.

Que voulez-vous exprimer dans votre travail ?

Un tas de choses ! La plus importante est, pour moi, de faire comprendre que malgré les multitudes de différences que l’on peut avoir les uns par rapport aux autres, on peut trouver une forme d’équilibre et de cohérence, afin de vivre ensemble de façon harmonieuse et respectueuse. Les couleurs que j’utilise sont très différentes, mais j’essaie d’apporter un certain équilibre, une harmonie. Sarcelles, cette ville hétéroclite que j’ai déjà mentionnée, avait su trouver cet équilibre, du moins à mon époque. En bref, les échanges et les rencontres sont au cœur de mon expression artistique. Ceci est très paradoxal, car je suis complètement asocial et solitaire, mais c’est ce vers quoi je tends. 

Quelle matière aimez-vous travailler ?

J’adore travailler sur les murs avec ma bombe à peinture ! C’est une gestuelle et un investissement physique très particulier. Je me sens réellement travailler lorsque je suis en haut de mon échelle une bombe (de peinture) à la main. Les toiles, c’est une autre approche, plus centrée sur la concentration, la respiration. Je suis dans un état d’esprit beaucoup plus méditatif lorsque je travaille la toile à l’acrylique, c’est une sorte d’auto-hypnose personnelle.

Quel est le processus de création d’une de vos oeuvres ?

En général, je démarre au centre, et je construis autour au fur et à mesure afin de façonner l’équilibre auquel j’aspire tant. Quand je constate que c’est déséquilibré, j’efface et recommence. J’applique le même concept avec les couleurs, j’essaie de trouver un équilibre en juxtaposant des couleurs contraires sur le prisme chromatique. Cela crée une sorte d’énergie qui implique un équilibre. Mes œuvres sont construites en réseaux. Pour les réaliser, j’utilise une ficelle afin de façonner les formes rondes, un niveau à bulle pour maitriser les angles et un outil à encoches qui me permet d’avoir toujours la même largeur pour tous mes réseaux. Tout est codé à l’avance, de cette façon, j’arrive toujours à savoir où je vais.

SEIZE Happywallmaker - Portrait

SEIZE Happywallmaker 2018 - K6OP - 100 x 100 cm - Acrylic on canvas

La couleur tient-elle un rôle primordiale pour vous ?

Comment la travaillez-vous ?

Complètement, grosso modo, j’utilise les couleurs de l’arc-en-ciel, et symboliquement je travaille la lumière et le prisme qui en découle. J’aime à croire que la lumière pourrait être vivante et polymorphe, c’est-à-dire, au lieu de prendre la forme d’un arc en ciel, elle pourrait prendre d’autres formes, plus vivantes. Je prends souvent comme exemple l’image de la pochette de disque de Pink Floyd (prisme de couleur à droite), je me suis dit que selon le prisme que la lumière peut traverser, elle peut donner différentes formes à la couleur. C’est l’expérience artistique que je veux mener.

Quel message souhaitez-vous délivrer à travers vos oeuvres ?

Le message ultime sur lequel je terminerai est : ne vous prenez pas trop au sérieux ;)

Interview de Seize Happywallmaker par Alexia Van de Velde - 13 Juin 2020