Au premier regard, nous sommes saisis avec violence par les oeuvres de Stricher, comme le feraient de puissants bras. Cette faculté semble être celle d’une force aux couleurs vives, d’où se dégage une évidente abstraction.

N’a-t-on pas déjà éprouvé une telle sensation ? En feuilletant les pages de ma mémoire visuelle, je me suis arrêté sur Karel Appel, le co-fondateur hollandais du groupe COBRA. Il s’appropria, sans retenue, il y a plus d’un demi-siècle les “dessins automatiques” des surréalistes et flirta à l’excès avec l’inconscient. Ces toiles illustrent des champs de bataille dévastés par la force agressive des couleurs. Elles pourraient avoir guidé Stricher sur la voie d’une peinture spontanée. Cependant, il est certain que Van Gogh est aussi l’un de ses modèles. En 1889, ce dernier écrivit dans une lettre qu’il voulait poursuivre et développer “l’insolente association de teintes vives et réaliser ainsi des tableaux aux sujets simples et aux couleurs criardes”. Le futur disciple Stricher met en évidence cette “couleur libérée” qui ouvrit une brèche et provoqua l‘éclosion des Modernes, des Fauves et des Expressionnistes. Pour Stricher aussi, le renouveau de l’art à partir de la couleur signifie, comme pour Van Gogh déjà, “le renouveau dans la perception de la réalité : le dessein fondamental des Modernes”.

(Manfred Schneckenburger)